Le saviez-vous ? Nous passons environ 85% de notre temps à l’intérieur. Pourtant, lorsqu’il est question de construire ou de rénover un logement, on pense spontanément à l’isolation, au chauffage, aux fenêtres ou à la consommation d’énergie… On pense moins à l’impact de nos choix sur la qualité de l’air intérieur. Elle mérite pourtant la plus grande attention avant, pendant et après les travaux.
Pourquoi la qualité de l'air à l'intérieur est-elle si importante ?
Un air intérieur de mauvaise qualité peut contenir une multitude de polluants : particules fines, composés organiques volatils (COV), allergènes, moisissures, produits de combustion, mais aussi des micro-organismes.
Ces polluants peuvent provenir de l’extérieur, mais aussi — et souvent surtout — de ce qui se passe à l’intérieur du bâtiment : matériaux de construction, mobilier, produits ménagers, cuisine, bricolage, bougies ou encore parfums d’intérieur.
Les conséquences peuvent être immédiates : irritation des yeux ou des voies respiratoires, maux de tête, fatigue, inconfort… Certaines expositions répétées peuvent également avoir des conséquences plus importantes sur la santé.
Construire ou rénover : en quoi les travaux peuvent-ils modifier la qualité de l’air ?
Une maison n’est pas simplement une enveloppe qui protège de la pluie et du froid. C’est aussi un système dans lequel circulent de l’air, de l’humidité et différents polluants.
Les travaux peuvent modifier cet équilibre de plusieurs façons.
Une maison plus étanche... mais respirante
Lors d'une rénovation énergétique, on améliore souvent l'étanchéité à l'air du bâtiment : nouvelles fenêtres, isolation, traitement des infiltrations, toiture, etc. C'est une excellente chose pour réduire les déperditions d'énergie. Mais si l'air ne peut plus entrer et sortir naturellement comme auparavant, le renouvellement de l'air devient encore plus important. Sans ventilation adaptée, le CO₂, l'humidité et différents polluants peuvent s'accumuler.
Les matériaux et produits utilisés
Une rénovation introduit de nombreux nouveaux produits dans le bâtiment : peintures, vernis, colles, panneaux, revêtements de sol, isolants, mastics, meubles… Certains peuvent émettre des composés organiques volatils (COV) dans l'air.
L'humidité
Après des travaux, il faut également surveiller l'humidité. Une mauvaise ventilation, une infiltration d'eau, un séchage insuffisant ou un problème de condensation peuvent créer des conditions favorables au développement de moisissures qui peuvent détériorer la qualité de l'air intérieur.
Les travaux eux-mêmes, source de pollution à l'intérieur
Ponçage, découpe, perçage, application de peinture ou de colle… Un chantier génère des poussières et des émissions qui ne sont pas anodines. Une bonne ventilation pendant et après les travaux, ainsi qu'un nettoyage adapté, seront essentiels avant d'occuper à nouveau les lieux.
Comment agir pour avoir un air intérieur plus sain ?
On peut agir à plusieurs niveaux : réduire les sources de pollution, renouveler correctement l’air et surveiller certains paramètres.
Action 1 : ventiler
Ouvrir régulièrement les fenêtres est probablement le geste le plus important pour renouveler rapidement l’air intérieur. Il est recommandé d’aérer au minimum deux fois 15 minutes par jour.
Mais dans un logement récent ou récemment rénové, il faut surtout réfléchir à une ventilation structurelle et continue.
Une ventilation performante n’est donc pas une dépense accessoire. Elle va permettre :
- d’évacuer l’humidité et certains polluants
- de limiter l’accumulation de CO₂
- d’apporter de l’air neuf
- de maintenir un environnement intérieur plus confortable
Action 2 : contrôler le CO2
Un CO2-mètre peut être un outil intéressant. Il ne constitue pas un indicateur de tous les polluants présents dans l’air. Mais la concentration de CO2 donne en revanche une bonne idée du renouvellement de l’air dans une pièce occupée. Une concentration élevée peut indiquer que la ventilation est insuffisante.
Un CO2-mètre ne remplace évidemment pas un système de ventilation : il permet surtout de comprendre quand celui-ci doit fonctionner davantage ou quand il est nécessaire d’aérer.
Action 3 : bien choisir ses matériaux
La qualité de l’air peut être prise en compte dès la phase de conception, en recherchant entre autre des produits (colles, revêtements, peintures…) à faibles émissions de COV et adaptés à un usage intérieur. Certains matériaux présentent d’ailleurs des déclarations, fiches techniques ou certifications qui documentent les niveaux d’émission.
Attention toutefois au piège du « naturel = forcément sain ». Un matériau naturel peut lui aussi émettre certaines substances. À l’inverse, un matériau synthétique peut répondre à des exigences d’émission très strictes.
Action 4 : limiter les sources de pollution au quotidien
Quelques habitudes simples peuvent faire une vraie différence :
- Utiliser et bien entretenir la hotte dans la cuisine ;
- Evacuer rapidement l’humidité après une douche en aérant ou grâce à la ventilation ;
- Éviter de multiplier les produits parfumés pour le ménage ;
- Ne pas multiplier les bougies, encens et parfums d’intérieur qui peuvent constituer des sources de pollution ;
- En cas de bricolage (peinture, collage, ponçage…), ventiler suffisamment pendant et après l’activité.
La qualité de l'air désormais aussi dans la nouvelle réglementation européenne sur la PEB
C’est une évolution importante pour le secteur de la construction.
La nouvelle directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments (EPBD – Directive UE 2024/1275) ne se limite plus à la consommation d’énergie du bâtiment. Elle intègre explicitement la qualité de l’environnement intérieur dans le cadre de la performance des bâtiments.
Autrement dit, la performance d’un bâtiment ne se résume progressivement plus à la quantité d’énergie qu’il consomme. Un bâtiment performant doit aussi offrir un environnement intérieur sain et confortable.
Conclusion : une maison performante doit aussi être une maison saine
Pendant longtemps, les discussions autour de la performance des bâtiments ont principalement porté sur l’isolation, le chauffage et la consommation énergétique.
Ces éléments restent évidemment essentiels.
Mais il serait dommage de concevoir une maison extrêmement performante sur le plan énergétique tout en négligeant l’air que ses occupants respirent.
La bonne rénovation est donc celle qui combine efficacité énergétique, confort, maîtrise de l’humidité, ventilation et qualité de l’air intérieur.
Et le meilleur moment pour y penser n’est pas après les travaux : c’est avant de les commencer.
Checklist : Qualité de l'air intérieur et travaux
Avant les travaux
- Faites le point sur la ventilation existante.
- Identifiez les éventuels problèmes d’humidité ou de moisissures.
- Demandez des informations sur les émissions des matériaux et produits prévus.
Pendant les travaux
- Ventilez correctement les espaces.
- Limitez la dispersion des poussières et protégez les zones qui ne sont pas en chantier.
- Respectez les temps de séchage et les recommandations des fabricants.
Après les travaux
- Aérez suffisamment avant de réoccuper les espaces.
- Entretenez régulièrement les systèmes de ventilation et surveillez, si nécessaire, le CO₂ et l’humidité.


